Militarisation de l'humanitaire, privatisation du militaire, et stratégie globale des Etats-Unis : le débat stratégique américain 2003-2004

Militarisation de l'humanitaire, privatisation du militaire, et stratégie globale des Etats-Unis : le débat stratégique américain 2003-2004

Militarisation de l'humanitaire, privatisation du militaire, et stratégie globale des Etats-Unis : le débat stratégique américain 2003-2004
2004293 pagesISBN 9782905758316
Format: BrochéLangue : Français

Depuis un an en Irak, les soldats de la coalition contrôlent

totalement l'aide humanitaire et les activités de reconstruction.

Pour l'Administration Bush, les organisations non

gouvernementales (ONG), notamment évangélistes, sont «des

instruments du combat» contre le terrorisme. Parallèlement,

avec la dégradation des conditions de sécurité, les compagnies

militaires privées (Kellogg Brown & Root, Vinnell Corp., DynCorp

ou MPRI) ont proliféré sur le terrain : 20 000 mercenaires, soit

l'équivalent de 15 % des forces armées de la coalition, sont actuellement

présents sur le sol irakien. Cette «situation très saine»,

selon un haut responsable civil de la coalition en Irak, préfigure

les futures interventions de la puissance américaine dans le

monde. La militarisation de l'humanitaire et la privatisation du

militaire transforment radicalement les opérations civilo-militaires.

Les relations entre civils et militaires aux États-Unis

sont en pleine mutation. Les tendances à la militarisation et à la

commercialisation de l'humanitaire et de l'aide au développement

se sont faites plus fortes. Les manifestations de cette militarisation

sont nombreuses : intégration des agences civiles du

Département d'État et de l'Agence pour le développement international

au sein des structures militaires par une «coordination

interagences», création par le Pentagone d'un Bureau

pour l'aide humanitaire et la reconstruction qui restreint la

liberté d'action des ONG. Le leadership fort et durable du

Pentagone subordonne tous les acteurs à la chaîne de

commandement militaire. Certaines ONG sont utilisées

pour du renseignement. Le militaire s'approprie l'espace

et le temps humanitaires. Ces interventions «militaro-humanitaires»

instaurent le chaos. Les populations civiles

en sont les premières victimes. L'ONU en sort affaiblie.

Les entreprises privées de sécurité, qui prolifèrent

dans toutes les zones instables du globe, sécurisent les investissements

dans les nouvelles zones de la «démocratie de marché».

Les logiques de militarisation et de privatisation préparent

l'après-conflit. Dans le cas de l'Irak, la phase militaire était le prétexte

à la création par la force d'un vaste marché de libre-échange

dans le Grand Moyen-Orient par la privatisation à moyen termes

des secteurs publics vitaux. Ces institutions sont actuellement

gérées par les compagnies de mercenariat entrepreneurial travaillant

avec le Pentagone. Les réservistes de l'US Army (souvent

des entrepreneurs) assurent un démarchage commercial

pour le compte de leurs entreprises. Ils préparent ainsi le retour

sur investissement au profit des États-Unis.

Facteurs de puissance et vecteurs de l'influence stratégique

américaine, ONG et opérateurs militaires privés ont une

place centrale dans la stratégie de sécurité américaine de maîtrise

des espaces Sud par des «guerres en réseaux» et par des

opérations globales de stabilisation/contre-insurrection.

Sur la base de nombreuses informations inédites,

cet ouvrage ouvre de nouvelles perspectives stratégiques pour

mieux cerner les enjeux des conflits futurs dont l'invasion de

l'Irak est le prototype.

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