L'étreinte

L'étreinte
Je suis rentré dans le Bataclan les mains
vides, comme cela, comme on entre dans
un bistrot pour se réchauffer, l'oeil déposé,
hagard, à la recherche du comptoir, d'un
siège, du regard du serveur. Je suis rentré
les mains vides, comme eux tous, comme
vous tous, quelques heures auparavant.
Que nous reste-t-il de ce qui s'est passé le 13 novembre
2015 dans une salle de spectacle parisienne nommée
Bataclan ? Et quelles résonances cet événement a-t-il
suscitées dans notre mémoire ?
En parcourant une série d'images qui éclatent comme
des flashs, comme les crépitements d'une arme à feu,
et qui hantent les esprits de toute une génération, ce
roman d'une grande sensibilité raconte les pensées
qui jaillissent en nous quand le drame survient. Face à
de telles violences qui nous laissent désarmés, il nous
reste la faculté de convoquer les histoires, les contes de
l'enfance, les figures, les symboles, les souvenirs à la fois
subjectifs et communs auxquels elles nous renvoient.
Adrien Genoudet, en adressant son récit à Salah
Abdeslam et en marchant à sa rencontre, tente de percer
l'insondable mystère du passage à l'acte, et de ce qui
nous en préserve. Avec pudeur et précision, son écriture,
qui met en dialogue le langage et l'image, nous rappelle
que, seuls, les voies et les détours de la fiction nous
permettent d'embrasser le présent quand la brutalité
du réel nous submerge. Étreindre, non pour excuser,
mais pour comprendre - pour reprendre vie.