Serfs et mainmortables en France au XVIIIe siècle : la fin d'un archaïsme seigneurial

Dans l'espace français à la veille de la Révolution, le droit seigneurial de
mainmorte, principale survivance du vieux servage médiéval, est encore le lot
de plusieurs centaines de milliers d'individus, dont il affecte la capacité successorale
et plus généralement la vie quotidienne. Avec des modalités locales
souvent différentes, un foyer puissant (en Franche-Comté et Bourgogne),
sans omettre des ramifications non négligeables dans les États limitrophes.
Mais ses jours sont comptés. Depuis les Arrêtés de Lamoignon, ouvrage
juridique pionnier de la fin du XVIIe siècle, et la législation antiservile lorraine
de 1719, la condition mainmortable est de plus en plus remise en question,
faisant l'objet de vives polémiques. Soit un véritable «procès», et un
procès d'envergure, d'abord devant les hommes de loi, les érudits et les
milieux gouvernementaux, puis assez vite devant l'opinion publique.
Accélérée par la célèbre campagne de Voltaire en faveur des «serfs» de
la terre jurassienne de Saint-Claude et amplifiée par le contexte des Lumières,
l'offensive contre la mainmorte et le servage résiduel aboutit dans un premier
temps à l'édit d'affranchissement partiel d'août 1779, lui-même écho
des édits sardes de 1762 et 1771. Avant de se terminer sèchement, une décennie
après, par une abolition pure et simple, avec la Nuit du 4 Août et les décrets
antiféodaux consécutifs. Ce sont les épisodes, idées et acteurs multiples
de ce vaste procès public, trop méconnu et pourtant considérable, que le présent
ouvrage s'efforce de faire revivre.