Thérésa : la diva du ruisseau

Le XIX<sup>e</sup> siècle du Second Empire et de la Belle Epoque
est celui de Pasteur, d'Haussmann, des frères Pereire,
du Sacré-Coeur, de la Tour Eiffel, de l'opérette avec
Offenbach, du théâtre avec Rostand. La renommée
d'Hortense Schneider et de Sarah Bernhardt est arrivée
jusqu'à nous. Il n'en est pas de même pour Emma Valladon.
Débutant dans les plus minables des quelque trois cents
caf'conc' que compte Paris, Emma, apprentie modiste,
accède aux plus fastueux en devenant Thérésa. En quelques
mois, son succès rassemble le public des faubourgs et
les grands noms du Pouvoir, de Paris à la province, de Rome
à Pétersbourg. Avec elle, on reconnaît à la chanteuse
populaire le titre d'artiste. Célébrée comme une diva, elle se
fait comédienne en jouant des opérettes d'Offenbach,
et des compositeurs comme Gounod et Fauré rendent
hommage à son talent. Pionnière dans sa profession, elle
est la première de la corporation à obtenir des cachets pharamineux,
à être sollicitée pour des publicités, à multiplier
les produits dérivés, à créer ce qu'on n'appelle pas encore
des «tubes», et elle est à l'origine de ce qui donnera une
reconnaissance juridique aux intermittents du spectacle.
De 1862 à 1892, sa carrière marque l'apogée et la fin du
café-concert qui laisse sa place au music-hall, nouvelle
galaxie de la chanson populaire dont toutes les étoiles,
persistantes ou filantes, sont les héritières de
la petite modiste qui chantait «en triple accord
avec ses sens, son esprit et son âme», comme
l'écrit son admirateur, Barbey d'Aurevilly.