Court traité de complotologie. Le complot judéo-maçonnique : fabrication d'un mythe apocalyptique moderne

L'histoire universelle est remplie de complots réels, qui ont abouti ou
échoué. Mais elle est aussi pleine de complots fictifs ou imaginaires attribués
à des minorités actives (francs-maçons, jésuites, Juifs, lobbies) ou aux autorités
en place (gouvernements, services secrets, etc.). Ces entités, supposées
maléfiques et dotées de très grands pouvoirs, sont des objets de croyances
collectives depuis plus de deux siècles. Les schémas anciens, qui ont beaucoup
servi au XX<sup>e</sup> siècle, ne cessent d'être réinvestis : ils traduisent un état
psycho-social qui mérite d'être observé et analysé.
Dans un monde de fortes incertitudes et de peurs, où l'adhésion aux
«grands récits» a faibli, la multiplication des représentations ou des récits
conspirationnistes, ainsi que leur diffusion rapide et leur banalisation, est
un phénomène remarquable, mais aisément explicable : ces récits, si délirants
puissent-ils paraître, présentent l'avantage de rendre lisibles les événements.
Ils permettent ainsi d'échapper au spectacle terrifiant d'un monde chaotique
dans lequel tout semble possible, à commencer par le pire. D'où l'engouement
pour ces récits et leur succès public, marquant l'entrée dans un
nouvel âge de la crédulité. Sous le regard conspirationniste, les coïncidences
ne sont jamais fortuites, elles révèlent des connexions cachées et permettent
de fabriquer des modèles explicatifs des événements. On y rencontre notamment
le mythe répulsif du «Gouvernement mondial» occulte. Les cas
fourmillent, du 11-Septembre à l'«affaire DSK», en passant par la dernière
grande crise financière et la mort de Ben Laden...