Histoires coloniales : héritages et transmissions : colloque, les 18 et 19 novembre 2005, dans la petite salle du Centre Pompidou à Paris

Colonisations, histoires coloniales, temps présent :
quelle réconciliation des mémoires ?
Après les guerres cruelles et les massacres épouvantables,
les génocides et les tueries, vient le temps
du silence, et de l'oubli apparent. Les acteurs de
la tragédie se taisent, préférant recommencer une
vie, poursuivre un projet interrompu par le conflit,
construire un avenir sans se retourner. Puis, avec
le temps qui passe, les souvenirs reviennent, des
paroles se font entendre. Ce processus observé à
maintes reprises dans tous les conflits mettant en
jeu des populations civiles, se voit pour la séquence
de la décolonisation.
Après un temps relativement long de travail de deuil,
d'une terre perdue ou d'un être aimé disparu, la
mémoire revient. De la bonne manière, en trouvant
un apaisement, en réfléchissant sur les causes de la
guerre. De la mauvaise manière aussi. La mémoire de
répétition, celle qui veut toujours vivre avec le conflit,
celle qui n'accepte pas l'histoire accomplie, refuse la
parole, les arguments de l'autre. Cette mémoire dangereuse
peut alors s'installer, durablement, dans la
société française. Ce phénomène des deux mémoires
est particulièrement saisissant dans le cas de la décolonisation,
et de la guerre d'Algérie en particulier.
Comment donc sortir de ce type de souvenirs qui vise
au «re-jeu» de la guerre, celui du temps des indépendances
des anciennes colonies ? Comment parvenir à
la réconciliation des groupes porteurs de la mémoire
de ces conflits ? La tâche est-elle insurmontable ?
Benjamin Stora