Golfe du Morbihan

Je sais que si je reste au bord de ce Golfe, tous les jours de ma vie, de l'aube au
crépuscule - jours gris et pâles, toniques ou colorés elle sera trop courte pour
engendrer les nouvelles oeuvres à venir.
Ma palette s'emporte avec passion rarement avec sagesse. C'est ainsi que je
suis. Il y a les jours où je veux peindre en gris : ces jours-là, ma main avec ses
pinceaux, en décide autrement. S'impose à moi la pression des bleus forts et
des rouges éclatants. Rien n'interdit au peintre d'exécuter les ordres de son
émotion, même si'il en avait décidé autrement.
Je me laisse donc guider par cette force parallèle, puisque jusqu'à nouvel
ordre, je suis libre, Dieu merci, et je ne lèse personne de puiser sur la palette, à
l'instant même, les couleurs qui me plaisent !
Terriblement consciente de ce privilège, je ne laisse pas passer cette chance,
quitte à m'égarer sur ces couleurs grisantes et glissantes, où je patauge
sauvagement, parfois sans pouvoir maîtriser mon travail sur la toile : celle-ci en
voit parfois de toutes les couleurs !