Le pétrole en France : genèse et stratégies d'influence, 1917-1924

Et si Clemenceau n'avait jamais envoyé ce télégramme, demandant
au président Wilson de lui envoyer d'urgence un ravitaillement
d'essence pour l'armée française ? Nous aurions perdu la Première
Guerre mondiale. C'est en tout cas la conviction des dirigeants de
l'époque, qui avaient jusqu'alors préféré le charbon au nouvel or noir.
Le pétrole, cette ressource stratégique, était dorénavant
déterminante pour la Défense nationale et commençait à irriguer
l'économie. Mais quelle politique pétrolière inventer pour la France ?
Fallait-il, dans le prolongement de la période de la guerre, instaurer
un monopole, une régie intéressée, rendre au marché sa liberté
comme le voulaient les raffineurs ? Les réactions ne se firent pas
attendre. Car le débat entre interventionnisme et libéralisme faisait
rage depuis le début du siècle, et l'un et l'autre avaient leurs partisans.
À cette époque, où l'on assiste à la naissance du «lobbying», se
croisent de grandes figures - Clemenceau, Clémentel - et des
organisations puissantes - l'UIMM, la Banque de Paris et des Pays-Bas,
future Paribas, et bien sûr les empires pétroliers naissants - la
Standard Oil, la Royal Dutch, Shell.
De ces débats et de ces jeux d'influence naîtra une structure
qui allait muter et durablement s'installer parmi les supermajors : la
Compagnie Française des Pétroles (CFP), mieux connue dans les
décennies qui suivirent sous le nom de Total.