Itinéraires d'un esclave poète à Cuba : Juan Francisco Manzano (1797-1854), entre littérature et histoire

«J'ai honte de rapporter tout cela et je ne sais point comment exposer les
faits en laissant la partie la plus terrible dans l'encrier [...] Aussi préparez-vous
à voir une faible créature sur laquelle la mauvaise fortune s'est
acharnée sans retenue.
J'ai peur de décroître en votre estime et de la perdre totalement, mais
considérez, Monsieur, quand vous lirez mon histoire, que je suis un
esclave et que l'esclave est un être mort devant son maître [...].»
Tels sont les termes de la lettre que l'esclave Juan Francisco Manzano
adresse à son mécène Domingo Del Monte le 25 juillet 1835 au sujet du
manuscrit de son Autobiographie , oeuvre magistrale de l'abolitionnisme
littéraire à Cuba.
Rappelons que cette oeuvre est unique et d'une valeur inestimable car,
à la différence des Antilles anglophones où foisonnent récits et autres
mémoires connus des esclaves, l' Autobiographie est le seul témoignage de
la main d'un esclave qui nous ait été conservé dans l'aire géographique
caraïbéenne hispanophone au XIX<sup>e</sup> siècle. Il ne serait pas exagéré de
regarder ce récit de vie comme le premier roman cubain si nous faisons
nôtre l'opinion de Miguel de Unamuno selon laquelle il n'est rien de plus
romanesque qu'une autobiographie. Au surplus, l'on pourrait bien y voir
un tout premier roman historique.