Georges Michel (1763-1843) : le paysage sublime

Georges Michel (1763-1843) sut transcender les paysages
encore ruraux de Paris et de l'Ile-de-France avec une puissance
dramatique hors du commun, tout en s'inspirant de la peinture
hollandaise du Siècle d'or. Mais s'il retint les éclairages
dramatiques de Rembrandt et de Jacob van Ruisdael et les
vastitudes de Philips Koninck, il leur conféra une résonance
vibrante, tourmentée, une liberté de touche qui s'affranchit
du sujet et un souffle déjà romantique. Il est considéré comme
l'un des précurseurs de la peinture en plein air et de l'école de
Barbizon et fut admiré par Van Gogh.
Comme Constable et Turner en Angleterre, Michel marqua
un tournant dans la peinture de paysage en France. Mais, à la
différence de ces derniers, il n'obtint que peu de reconnaissance
de son vivant. Il exposa aux Salons entre 1791 et 1814 pour
ne plus jamais faire parler de lui ensuite, jusqu'à la vente de
ses oeuvres et de son fonds d'atelier en 1842, un an avant sa
mort. L'indifférence de ses contemporains le conduisit à suivre
son propre chemin artistique, exprimant une certaine force
visionnaire dans sa peinture et atteignant au sublime.
Présent dans la plupart des grandes collections publiques et
privées à travers le monde, il est en revanche peu connu du
grand public car sa vie reste entourée de mystères et son oeuvre
en partie insaisissable. Réalité ou construction post-mortem du
mythe de l'artiste maudit, l'essentiel de ce que nous savons
de sa vie provient de la biographie qu'Alfred Sensier rédigea
en 1873, se basant sur le témoignage de la seconde épouse du
peintre.
Cette monographie est publiée à l'occasion de l'exposition
organisée par le Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse
et la Fondation Custodia, Collection Frits Lugt à Paris, la
première entièrement consacrée à Georges Michel depuis
1967.