Mères sous influence : de la cause des femmes à la cause des enfants

Comment est-on passé de la dénonciation de la «maternité
esclave» par le MLF (Mouvement de libération de la femme) à la
culpabilisation des mères ? De quelle manière la toute-puissance
exercée par les parents sur leurs enfants a-t-elle cédé la place à l'encadrement
des mères et des pères par les professionnels de la santé
et de l'éducation ?
Interrogeant pour la première fois ces évolutions paradoxales,
Sandrine Garcia donne à voir comment, durant la lutte pour la
régulation des naissances, de nombreux médecins dénoncent le
magistère moral exercé par un Ordre des médecins majoritairement
catholique, au profit d'une autorité se voulant uniquement
scientifique. Puis, revisitant les étapes majeures de la construction
de la «cause de l'enfant», l'auteure montre comment nombre de
psychanalystes de l'enfant - en particulier Françoise Dolto - investissent
massivement le champ de l'éducation : le destin des femmes
passe désormais par le bien-être de l'enfant tel que le définissent
ces experts.
Ce brouillage des registres entre clinique et morale aboutit,
aujourd'hui, à la dénonciation d'une nouvelle maltraitance : la
«violence éducative» qu'exerceraient les parents réfractaires aux
bons usages. D'où l'émergence d'un militantisme individuel et institutionnel
pour faire sanctionner les «déviances» parentales, au
risque de stigmatiser les pratiques les plus éloignées de la norme
incarnée par les classes moyennes : celles des milieux populaires.