L'habit d'or

Après des travaux de laboratoire sur les
molécules biologiques aux Etats-Unis puis en
France au CNRS, Jacques Tournon se
passionne pour l'anthropologie américaniste
et part étudier la biodiversité végétale et
culturelle en Amazonie péruvienne. Lorsqu'il y
retourne une deuxième fois, c'est pour analyser
l'efficacité des plantes utilisées par les
populations indigènes, pouvant avoir un effet
sur le système nerveux central. Un
terrain financé par des Centres de lutte
antidrogue et des Instituts de recherches
soucieux d'améliorer leur gamme de sommifères,
d'antidépresseurs, d'anti-fatigue...
Outre ses résultats concluants, J. Tournon
nous est revenu avec un roman : L'Habit d'or.
Après avoir bu
une pleine calebasse d'ayahuasca, le Mister sombre
dans son passé, déterre le spectre de son grand-père,
lui fait face, lui règle son compte. De la culpabilité à
l'occidentale face à l'Amazonien qui, aujourd'hui
encore démuni, se venge avec une arme ancestrale,
l'ayahuasca, l'obsession des polices anti-drogue et de
la pharmacologie, et qui de surcroît... dame le pion
aux psychanalistes !
À Pucallpa, dans mon hôtel et les restaurants du centre-ville,
j'avais vu des touristes dont les conversations
tournaient autour d'hallucinogènes, l'ayahuasca en
particulier... J'entendais dire que cette potion magique
fait resurgir la mémoire lointaine, la déverrouille, fouille
l'inconscient et libère le refoulé. Ainsi l'ayahuasca leur
permettait la plongée dans les profondeurs du passé, un
bathyscaphe explorant les abysses. Ils disaient découvrir
d'autres mondes, se trouver ou se retrouver, revoir leur
passé. À Paris, des collègues ethnologues m'avaient
parlé du chamanisme et des hallucinogènes amazoniens.
Techniques primitives de l'extase ! disaient-ils. Le
chamanisme était-il déjà sorti de sa sphère primaire
pour damer le pion à la psychanalyse ? Tous ceux que
j'avais croisés venaient des pays du Nord, désireux
d'ajouter à un voyage exotique, lefantastique. On parlait
de nouvelles recherches mystiques, d'expériences spirituelles,
de religiosités New Age. Et ils trouvaient un
bon choix de maîtres, ou chamans, métis ou indigènes
qui leur réclamaient d'importantes sommes pour des
séances au cours desquelles on ingérait des potions
préparées à partir de plantes de la région. Des centres
avaient été organisés où ils résidaient pendant plusieurs
semaines. Les ethnologues et anthropologues étaient
d'abord venus pour étudier ces phénomènes exotiques.
Puis aux chamanologues avaient succédé les chamaniaques.
À Pucallpa, le chamanisme était devenu à la
mode, les chamans s'étaient globalisés et faisaient
commerce de ce nouvel engouement occidental