Histoire de France. Vol. 17. Louis XV et Louis XVI

«Louis XVI n'eut rien de la France, ne la soupçonna
même pas. De race et par sa mère, il était un
pur Allemand, de la molle Saxe des Augustes, obèse
et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique.
Mais, à la différence des Augustes, son honnêteté
naturelle, sa dévotion, le rendirent régulier dans ses
moeurs, sa vie domestique. En pleine cour il était
solitaire, ne vivant qu'à la chasse, dans les bois de
Versailles, à Compiègne ou à Rambouillet. C'est
uniquement pour la chasse, pour conserver ses
habitudes, qu'il tint les États généraux à Versailles
(si près de Paris) !
S'il n'eût vécu ainsi, il serait devenu énorme,
comme les Augustes, un monstre de graisse, comme
son père le Dauphin, qui dit lui-même, à dix-sept ans,
"ne pouvoir traîner la masse de son corps". Mais ce
violent exercice est comme une sorte d'ivresse. [...]
Il n'était nullement crapuleux comme Louis XV. Mais
c'était un barbare, un homme tout de chair et de
sang. De là sa dépendance de la reine. [...]
Nul roi ne montra mieux une loi de l'histoire, qui
a bien peu d'exceptions : "Le roi, c'est l'étranger."»