Monkey grip

"Je ne peux pas. Je n'ai pas envie d'arrêter.
J'ai pensé à sa peau, à la façon dont je pouvais sentir
sous mes doigts les os de son crâne et à ses yeux
fous. Il avait vingt trois ans à cette époque, et je présumais,
dans mon ignorance, qu'il ne vivrait peut-être
pas beaucoup plus vieux, à cause de la came et de
cette dangereuse oisiveté qui lui coulait dans le sang.
C'était sans compter avec la volonté de s'accrocher
et l'empressement avec lequel j'allais donner tout ce
qui m'était demandé. Tout donner en cadeau...
Dépendance de la came, dépendance de l'amour -
où est la différence ? Toutes les deux sont mortelles".
Monkey grip est une expression qui désigne l'accoutumance,
l'impossibilité de rompre. Elle s'applique
aussi bien à Javo, jeune drogué désoeuvré, qu'à Nora
qui l'aime sans pouvoir s'en détacher et qui cherche
à travers ce récit à démonter l'engrenage de cette
dépendance. Elle désigne surtout un mode d'existence,
lié à la vie urbaine australienne, dans les
années soixante-dix, de jeunes acteurs et musiciens
au chômage, vivant en communauté, dans la
recherche d'un plaisir qui débouche sur le vide.