Bifrost, n° 70. Stephen Baxter : l'odyssée de l'espace

Le jeune homme se hissa dans le sas
membraneux, puis il s'en extirpa et
constata qu'on avait posé, à quelques
mètres du véhicule, une main courante
qu'il rejoignit tant bien que mal. La
pente apparente à quarante-cinq degrés
n'offrait pas la moindre prise et il lui
semblait effectuer des gestes lents
comme dans un rêve, ou sous l'eau.
Bien crampossé à la main courante,
il se retourna pour embrasser le Sucre
du regard.
Sous ses pieds, le versant évoquait du
verre luisant. Des ombres plus vastes
que des villes jouaient dans ses tréfonds.
Il savait que la Face formait un carré de
dix mille kilomètres de côté et il espérait
voir les détails des Bords et des Coins
éloignés depuis ce poste d'observation ;
mais dans sa vision, au-delà de quelques
centaines de kilomètres, la surface se
réduisait à un trait lumineux.
Le jeune homme se dévissa le cou. Un navire de guerre spline passait dans
le ciel, à moins de vingt kilomètres du
Bord. La sphère de chair, présentant
des rides de la taille de canyons et des
pustules au fond desquelles scintillaient
des emplacements de canon, disparut
derrière l'arête du monde en roulant
majestueusement sur elle-même.