Texte du monde, monde du texte

Le monde tel que nous le recevons n'est-il pas toujours déjà témoignage du
monde, représentation ? Le monde ne se donne-t-il jamais à voir, à lire, que
médiatement et par entrecroisement ? Le monde est reçu comme Texte, il est
tissage de ce qui à la fois le fait être et le montre, de ce qui le met et le remet
sans cesse au monde. Ainsi, Texte du monde peut exprimer tout le donné du
monde, son foisonnement, toutes ses écritures, tout signifiant, toute présentation
et toute représentation dans leurs différents niveaux de réalité : littératures
diverses (de la description à la fiction en passant par la réflexion philosophique),
architecture, urbanisme, arts graphiques, arts plastiques, etc. ; c'est une
communauté du monde qui n'est pas une unité, mais le lieu produit par et support
des perspectives diverses et quelquefois contradictoires sur le monde qui
s'y montre et s'y cache, et que relaient nos regards, nos angles de lectures eux
aussi différents - combinatoire productive, tissage et retissage du manteau du
monde. Monde du texte , quant à lui, est l'expression de ce qu'un texte peut et
doit être plus qu'interprété. Il doit être déployé, rendu à son espace, mis en
volume, ouvert, pour offrir la possibilité d'une exploration qui soit autre chose
qu'un «démontage des structures» ainsi que le disait Paul Ricoeur.
Texte du monde - Monde du texte. Ou, le moyen de penser le texte, le monde,
de chercher comment ils se disent, se montrent l'un par et pour l'autre ; d'approcher
le monde dans et/ou par le texte, le texte comme monde ; d'additionner,
de soustraire ces deux hémisphères ; d'approcher thématiquement et/ou
méthodologiquement cette dérangeante association, ou encore de repenser le
troisième acteur de ce thème : le tiret, à savoir penser l'interface, le lieu de
connexion entre deux moments interdépendants du Monde (comme Texte du
monde ) et du Texte (comme Monde du texte ).