Comme une poussière d'or... : l'alchimie et le néant dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez

Comme les plus grands textes, le chef
d'oeuvre de Gabriel García Márquez, prix
Nobel de littérature, suscite des interprétations
infinies. Il déploie tout un éventail symbolique
pour décrypter le monde et faire éclore des
visions inédites. Il nous engage à opérer une
transmutation du réel, en plaçant le principe
de métamorphose au centre de la vie. Il fait du
Grand OEuvre un avènement de relations sans
cesse renouvelées.
Ce rôle échoit à l'alchimie, car elle
travaille à déchiffrer les processus naturels,
mais aussi à les hâter et à les infléchir. Ici,
l'alchimie et la littérature se rejoignent : elles
rassemblent des matériaux disséminés dans le
monde et les marient pour faire advenir des
configurations originales. L'écrivain agence
ses mots, l'alchimiste combine ses éléments :
par leur art, ils décomposent et recomposent
l'univers. Ils poursuivent l'oeuvre de création,
mais gardent, au fond de leur âme, une volonté
rebelle d'infléchir le tracé du monde, de lui
imprimer leur sceau et de le transfigurer.