L'espadon

Un village flamand, à deux pas d'une ville provinciale. Un petit garçon à l'imagination
fertile s'identifie tantôt au poisson-épée, terreur des mers, tantôt au
redoutable cow-boy Clint Eastwood, mais surtout à Jésus-Christ, dont il répète
inlassablement, une lourde croix sur le dos, l'ascension du Golgotha, «comme
à la télé».
Autour de lui, une maman qui s'ennuie sans homme à la campagne, une
grand-mère insupportable, un ivrogne sympathique mais qui porte un lourd
secret, un instituteur poète incompris, une demoiselle exaltée qui a entrepris
de convertir en secret le garçon.
En outre, quelque part un drame s'est produit, qui justifie l'entrée en scène
d'un gros commissaire neurasthénique à la voix fluette. Il enquête.
Certaines choses éveillent des échos de l'inoubliable Chagrin des Belges :
les rapports du petit garçon trop imaginatif avec sa jolie mère qu'il juge futile,
la découverte de la religion par l'enfant à travers des mots et des formules
qu'il ne comprend que superficiellement.
On y retrouve également l'incomparable talent qu'a Hugo Claus (1919-2008)
de nous plonger dans l'atmosphère si particulière de la province flamande,
avec ses mesquineries et sa sensualité mal dissimulée malgré les contraintes
morales et la pression sociale.