Les corps vils : expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles

Les corps vils : expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles

Les corps vils : expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles
2008422 pagesISBN 9782707156464
Format: BrochéLangue : Français

Écoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à

mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez

Pasteur demander à l'empereur du Brésil des corps de

détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez

Koch préconiser l'internement des indigènes auxquels il

administrait des injections d'arsenic. «On expérimente les

remèdes sur des personnes de peu d'importance», disait Furetière en 1690

dans son Dictionnaire universel.

Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les

esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés

à mort, les «corps vils» qui ont historiquement servi de matériau

expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire

ignorée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de

l'allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de

l'innovation ? qui en récolte les bénéfices ?), il interroge le lien étroit qui

s'est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre

la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe et la

dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues.

Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu

se développer ce qu'il faut bien appeler des «rationalités abominables»,

chargées de justifier l'injustifiable ?

Cette étude historique des technologies d'avilissement appelle ainsi à la

constitution d'une philosophie politique de la pratique scientifique.

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