L'œil au beurre noir : journal d'un néo-dingue

«Lyon, métropole éventrée, répand pour longtemps ses entrailles qui
fument au soleil comme sous la pluie, ma mère se jette par crises dans la
frivolité, mon père donne dans la déontologie parce qu'il boit ces jours-ci
un bouillon à la Bourse, je ne sais plus où commence et où finit toute
jeunesse, chacun à la Fac crie alleluia en rêvant d'un non-être à la mode
...»
Nous sommes en 1975. Un tout jeune professeur, encore étudiant,
nous convie à partager une promenade philosophique désabusée et
ironique dans la ville de Lyon, son passé, son présent, ses rues, ses
quartiers, ses bourgeois, son Université, ses secrets.
Il faut dire que cette cité, sous l'implusion d'un maire bâtisseur, se
retrouve sens dessus dessous, que 1968 est passé avec son cortège de
bouleversements, que, même pour un homme à la fleur de l'âge, la bêtise
est un obstacle. Il nous le dit à la faveur des pérégrinations citadines de
son «oeil au beurre noir».
Pierre Molaine, après des études de Lettres et de Droit, embrassa
la carrière des armes.
Officier supérieur de régiments blindés, Pierre Molaine
(pseudonyme de Léopold Faure) cultiva, dès 1938, en contrepoint
d'activités militaires le plaçant, pour le temps d'une guerre, sous les
ordres directs du colonel de Gaulle, le goût et la veine des arts littéraires.
Peintre des sentiments violents et de héros hors du commun, il obtint
le Prix Renaudot en 1950 pour Les Orgues de l'enfer et poursuivit une
production romanesque régulière et discrète, alors qu'il avait quitté
l'armée pour intégrer l'Education nationale comme professeur de Lettres.
Romancier, essayiste, salué comme un styliste soucieux d'une très
grande exigence formelle, il s'est toujours tenu volontairement à l'écart
de la vie littéraire parisienne.