Les veuves de la Grande Guerre : d'éternelles endeuillées ?

Contrairement à l'idée convenue voulant que les veuves de la
Première Guerre mondiale demeurèrent éternellement en deuil, fidèles à
la mémoire de leur défunt époux, mort héroïquement pour la patrie, 42 %
d'entre elles convolèrent en justes noces entre 1919 et 1939. Aussi, au-delà
de l'hommage bien légitime rendu à ces victimes de la guerre, à ces
femmes recluses jusque-là dans les limbes de l'oubli, cette étude contribue-t-elle
à déjouer les rouages de la construction mémorielle du mythe
de la «veuve éternelle».
Une recherche minutieuse de plusieurs années fut nécessaire pour
retrouver les pas que ces endeuillées nous laissèrent en héritage sur les
sentiers de l'histoire, loin de l'imaginaire collectif et des chemins de la
mémoire. En outre, afin que la vérité historique puisse enfin éclore sans
laisser aucune zone d'ombre, cette démythification veille à démasquer les
causes à l'origine de cette lacune historiographique, telle que notamment
la transgression du tabou de la mort. Quoi qu'il en soit, et malgré son
jeune âge, l'auteur n'a pas hésité à dépasser ses réticences pour nous
dévoiler ici, avec beaucoup de pudeur, cette douleur indicible inhérente à
la spécificité même du deuil de guerre.
Ainsi par le prisme de cette monographie sur les veuves de la Grande
Guerre, Stéphanie Petit apporte sa pierre à la compréhension du refus de
la mort par notre société actuelle, où les deuils pathologiques ne cessent
de se multiplier. Sans compter que, répondant également à la finalité
même du métier d'historien, elle n'oublie pas d'attirer notre attention sur
les enjeux de mémoire et ses dangereuses répercussions tant sur la collectivité
que sur l'individu. Dans le secret espoir, peut-être, que triomphe un
jour le «Plus jamais ça !» de la Der des Der...