Paul au nom de l'unité

Paul, fondateur du christianisme ? Oui, si l'on veut, dans la mesure où
il exclut tout autre fondement que le Christ Jésus. Une seule humanité,
comme il n'y a qu'un seul Seigneur, un seul Père, une même espérance.
Comment, de son temps, et au cours de l'histoire, a-t-on pu se réclamer
de lui pour diviser les communautés, l'Église (protestants et catholiques),
les cultures (juive et chrétienne), les sexes (les hommes et les femmes), les
clivages intellectuels (sages et ignares) et les classes sociales ?
Paul s'est battu contre une Église et une société à deux vitesses, et ne s'est
laissé marginaliser que pour en appeler à l'unité depuis les lieux de toutes
les exclusions, où il trouve le Christ. On a fini par le reconnaître «du côté
de chez Pierre», de Jean et même de Jacques.
Jean Rouquette ne s'embarrasse pas de discussions érudites, mais il fait
ses choix. Il n'épargne pas au lecteur l'effort, mais l'accompagne. Il tient
compte de la manière dont aussi bien l'exégèse catholique que protestante
ou juive a bouleversé les idées toutes faites sur l'Apôtre. En toute liberté
vis-à-vis des institutions (dont l'Église) et des dogmes (même exégétiques),
voire de Paul lui-même, il invite à rester en sympathie avec la vérité de
l'autre. Grâce aux liminaires en tête de chaque chapitre, le lecteur ne perdra
jamais de vue son propre horizon, même si c'est pour réagir tout autrement
que l'auteur. Car c'est aussi dans les confrontations actuelles qu'une
lecture «en Église» prolonge le texte et pousse plus loin la construction
du Corps.
Alors que le monde est toujours coupé en deux, le message de Paul est
d'une étonnante actualité.