C'était Georges Pompidou

À la différence de tant d'autres, le grand Premier ministre et le
grand président de la République que fut Georges Pompidou n'avait
pas un goût inné du pouvoir. Plutôt que par l'ambition personnelle,
il a été poussé au-devant de la scène par la curiosité intellectuelle et
le dévouement à un homme d'exception.
Les cinquante-deux premières années de sa vie, tour à tour professeur
de lycée, chargé de mission, commissaire adjoint au Tourisme, maître
de conférences à Sciences Po, maître des requêtes au Conseil d'État,
fondé de pouvoir d'une maison de banque, Georges Pompidou
travaille très vite, pour profiter pleinement de ses heures de loisir.
Bon époux, bon camarade, bon vivant, amateur de bonne chère,
de peinture et de poésie, ce surdoué est un sceptique. La vie, il la
regarde avec humour et l'actualité avec recul.
Certes, de juin à décembre 1958, il apporte dans l'ombre un
concours inestimable au général de Gaulle en l'aidant à fonder les
institutions de la V<sup>e</sup> République et à préparer l'entrée sans douleur
de la France dans le Marché commun. Mais au bout de six mois,
sa mission accomplie, il s'empresse de quitter les ors des palais
nationaux pour retrouver les chemins de la liberté.
Trois ans après cette brève parenthèse, il est enfin happé par le
destin. Un destin qui, par deux fois, le fait échapper à des attentats
et le métamorphose en homme d'État. Lorsque de Gaulle le
bouscule en faisant de lui son chef du gouvernement, il entre en
politique sans être sûr d'y faire carrière. Or voici qu'après quelques
années dans l'ombre du géant il prend goût à la fonction et se
prépare même à lui succéder au terme d'une extravagante course
d'obstacles.
Ce parcours inhabituel a de quoi intriguer, cette lutte perpétuelle
entre la nonchalance, longtemps dominante, et le désir de primer,
qui finit par l'emporter du seul fait du hasard. Jamais cet épicurien
ne force la main du destin. Le destin le guide, il ne s'y refuse pas, il
l'accepte. Et, stoïque devant la maladie, il meurt à la tâche.