Gens de mer : ports et cités aux époques ancienne, médiévale et moderne

Gens de mer
L'originalité de ce livre est de proposer sur le temps long, de l'Antiquité à la fin
du XVIII<sup>e</sup> siècle, une étude de la place occupée par le monde de la mer dans le jeu
politique des cités portuaires. À l'époque romaine, les capitaines, les armateurs,
les négociants maritimes possédant une certaine richesse étaient-ils inscrits dans les
sénats locaux ? Quel était leur rôle dans la vie civique ? Aux époques médiévale et
moderne la problématique évolue : ville-État ou détenant une large autonomie, simple
ville portuaire, les enjeux sont différents : contrôler l'État ou dominer l'économie
locale en s'assurant le pouvoir municipal qui maîtrise l'administration des activités
portuaires, s'assurer la prééminence politique.
Pourtant la commimauté professionnelle maritime se stratifié et éclate socialement
et politiquement. Le temps des officiers qui pouvaient porter l'un des leurs au pouvoir
laisse la place à une communauté de navigants de plus en plus exclue du jeu politique
par une élite de brasseurs d'affaires maritimes qui s'accapare l'État dans les villes
italiennes ou dans les villes de l'Europe septentrionale, sans éliminer toute contestation
du monde des métiers ou d'un État central qui s'affirme, réduisant bientôt sa sphère
d'intervention. Or, à l'époque du négoce triomphant, elle doit aussi tenir compte du
rapport de force avec le monde de l'office et de la noblesse qui n'est pas insensible aux
réussites que procurent les activités maritimes, l'attractivité n'étant pas à sens unique.
L'ouvrage analyse tout autant les logiques qui expliquent la fermeture des conseils
municipaux aux gens de mer que celles qui, au contraire, sont favorables à l'entrée des
marchands dans la société politique locale. Il souligne la participation des notables et
des aristocrates à la vie maritime et tente de rendre tangible le poids exercé par des
puissances extérieures sur la gouvernance municipale. La question de l'intégration
des gens de mer dans les instances politiques de leur ville dévoile des structures
politiques sous-jacentes variées. À l'attitude fermée des élites dans le monde romain,
les temps médiévaux et modernes semblent proposer des choix plus diversifiés - ainsi
l'accession des élites maritimes à la tête de l'État génois et des grands ports de la
Baltique et sa transformation pour une part en noblesse militaire, ou la rotation des
élites et des offices encouragée par l'État moderne en France.