Une figure de l'expansion : la périphrase chez Charles Baudelaire

L'enjeu de cet essai est d'entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie
du langage, spécifiquement par l'analyse d'une figure rhétorique dont la
fréquence témoigne d'une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée
en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement
délaissée, au fil des siècles, en tant qu'instrument anodin de l'ornatus,
la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire :
figure d'expansion par excellence - lexicale, syntaxique et sémantique -
la périphrase est exploitée en tant qu'outil propice à l'extension des
confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu.
La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à
voir l'essence de la quête littéraire moderne, à savoir l'aporétique recherche
de l'Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle
conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question
du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l'écrit Michel
Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, «la poésie (la périphrase)
"nomme", appelle périphrastiquement l'Inconnu. Elle y plonge, dit
Baudelaire».