Mélusine, n° 27. Le surréalisme et la science

Mélusine, n° 27. Le surréalisme et la science

Mélusine, n° 27. Le surréalisme et la science
Éditeur: Age d'homme
2007321 pagesISBN 9782825137277
Format: BrochéLangue : Français

L'histoire qu'on lira dans le présent dossier commence par la rencontre au

Val-de-Grâce, autour d'une table à dissection, de deux étudiants en médecine,

poètes à leurs heures. Le surréalisme n'aurait pas pris l'orientation que nous lui

connaissons, notamment dans ses rapports avec la science, si deux de ses principaux

animateurs, Aragon et Breton, n'avaient pas eux-mêmes pratiqué la

médecine en temps de guerre et, parce qu'ils avaient une complexion de poètes,

n'en étaient ressortis avec d'intenses frustrations. De là leur enthousiasme non

dissimulé pour Dada qui avait le mérite, à leurs yeux, de balayer tous les principes

ayant conduit à ces ruines ambiantes. Ils approuvent absolument le dédain

qu'exprime Tristan Tzara envers l'esprit scientifique dans son Manifeste Dada

1918 : «La science me répugne dès qu'elle devient spéculative-système, perd

son caractère d'utilité - tellement inutile - mais au moins individuel.» Dégagé

de ses langes, le surréalisme continue d'affirmer le même mépris pour une civilisation

qui n'a pas su prévenir un tel désastre intellectuel et humain. À son

habitude, Aragon surenchérit au cours d'une conférence madrilène : «Je maudis

la science, cette soeur jumelle du travail.» Il faut dire, à sa décharge, qu'il avait

été dépassé, et de loin, par Antonin Artaud dans sa Lettre aux Médecins-Chefs

des Asiles de Fous. Cette attitude offensive, visant les pouvoirs d'établissement,

comme aurait dit Pascal, et particulièrement les forces positivistes, était sans

doute nécessaire au sortir du carnage. Il fallait absolument redonner au rêve, à

l'imagination, à la pensée analogique même, la place qu'on leur avait confisquée.

C'est ainsi que Breton fera état, dans le Second Manifeste du surréalisme ,

d'une prédiction du Commandant Choisnard selon laquelle une conjonction

d'Uranus et de Saturne, serait susceptible d'engendrer une «une école nouvelle

en fait de science». Or, précise-t-il, cette conjonction caractérise le ciel de naissance

d'Aragon, d'Éluard et le sien.

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