Politique africaine, n° 32. Nigeria : le fédéralisme dans tous ses Etats

Le Nigeria est-il une fédération ? Certainement pas au regard de la pratique des gouvernements militaires qui ont succédé en 1983 au régime civil du président Shagari, justement qualifié de kleptocratie...
Le pays n'en a pas moins développé un mode original de gestion de son pluriculturalisme. Aujourd'hui, le pluralisme à la nigériane recouvre un système unitaire à forte composante décentralisatrice, produit de l'expérience de la guerre civile et de l'afflux des revenus de la rente pétrolière. Loin d'évoluer par agrégation de nouveaux États, ce fédéralisme consiste à en multiplier le nombre par scissiparité.
Qui gagne à ce jeu ? Le pouvoir central, grâce à l'accroissement du polycentrisme, mais aussi les nouveaux États, favorisés par le mode de redistribution des revenus. Mais jusqu'où ira-t-on, et à quels coûts ? La consolidation de l'unité nationale a accompagné le renforcement du pouvoir central, mais des dynamiques perverses ont, dans certains cas, vidé le fédéralisme de son sens.
Certes, la prise en compte des équilibres entre groupes socioculturels est censée empêcher une appropriation de l'appareil de l'État (ou des États) par une seule des composantes de la fédération. Pourtant, une bien étrange atmosphère entoure le processus de transfert du pouvoir à un régime civil, prévu pour 1992, qui évoque plutôt une tentative de réédition à bon marché d'un succès antérieur, celui des années soixante-dix.
Les circonstances, il est vrai, ont radicalement changé : les revenus de la rente pétrolière font désormais défaut. Dirigeants et aspirants n'en ignorent pas moins consciencieusement les conséquences du modèle national de gestion des rapports intercommunautaires. Les Nigérians ont-ils encore les moyens de renouer avec la démocratie ?