Alexandre Ier, le sphinx du Nord : biographie

Petit-fils de Catherine la Grande, Alexandre I<sup>er</sup> est dès son plus jeune
âge un être double, ondoyant, mystérieux, déchiré entre ses illusions
lumineuses et les dures réalités de l'heure. Pour monter sur le trône,
en 1801, il enjambe le cadavre de son père, l'empereur maniaque Paul I<sup>er</sup>,
assassiné avec son consentement tacite. Rongé de remords, il voudrait se
racheter en travaillant au bonheur du peuple. Mais de ses élans libéraux
ne naissent que des décisions autoritaires.
Le grand événement de sa vie est sa lutte farouche contre Napoléon, en 1805,
puis en 1812. Alors, toute la nation russe se réunit autour de lui contre
l'envahisseur. Après le désastre de la Grande Armée en Russie, il se croit investi
d'une mission providentielle : détruire l'esprit du mal incarné par Napoléon
et par les révolutionnaires de tout acabit. Soi-disant éclairé par Dieu, il institue
une fraternité internationale contre les fauteurs de troubles en Europe, la
Sainte-Alliance, et crée dans son pays une sorte de monarchie théocratique,
patriarcale et policière. Tout ce qui en Russie pense, tout ce qui lit devient
hostile au pouvoir.
Autour de ce monarque oscillant entre mysticisme et frivolité, Troyat évoque
magistralement les champs de bataille, les congrès et les salles de bal où
se nouent intrigues sentimentales et politiques. Il fait vivre un personnage
qui, par ses hésitations mêmes, nous semble peut-être plus proche, plus
complexe, plus humain que ses deux illustres prédécesseurs : Pierre le Grand
et Catherine la Grande.