Malabo littoral

«La peau, sous ces latitudes, supportait très mal le parfum.
Étonné, Fraga constatait effectivement que Macias
- qui s'était parfumé à l'huile de palmiste -
restait frais comme une rose, et avec un petit sourire
aux lèvres durant toute la cérémonie.
C'était le 12 octobre 1968. L'homme à la peau d'ébène
commençait à surprendre l'homme à la peau de marbre.»
1968, indépendance de la Guinée-Équatoriale, colonie espagnole.
À la tribune, le camarade Macías Nguema, «Miracle Unique
de la Nation», électrise les foules d'une voix de stentor.
À Bata, le jeune Juan Ndong est pêché par la milice.
Assis entre deux sbires à l'arrière d'une Lada, il reconnaît Mba,
l'ancien employé d'un ami de son père, désormais suppôt du régime.
Des plages de Malabo aux geôles de Bata, des rives du fleuve Woro
à celles de la Seine, Ndong, ce double de l'auteur,
pose un regard drôle et acerbe sur les masques sardoniques
d'un pays africain qui a aussi eu ses élans de liberté brisés.
Roman traduit de l'espagnol (Guinée-Équatoriale) par Annelise Oriot.