Chateaubriand et la violence de l'histoire dans les Mémoires d'outre-tombe

La violence informe en permanence l'écriture des Mémoires
d'outre-tombe. Elle constitue un angle d'approche efficace pour
cerner et affiner la poétique du mémorialiste, sa pensée esthétique
et politique, et les structures de son imagination replacées dans
une perspective historique.
Exilé de son propre passé par «le fleuve de sang» de la
Révolution, Chateaubriand se réinsère dans l'historicité par la voie
de l'imaginaire et du fantasme. Afin de stigmatiser et tenter
d'exorciser le traumatisme subi, le mémorialiste élabore des
stratégies d'implication ou de protection, inaugurant une écriture
spécifique de la violence.
Ses représentations plurielles construisent dès lors une vaste
fresque qui transfigure les faits historiques pour leur conférer une
signification nouvelle, révélatrice de l'idéologie de son auteur, et
invitent à des lectures de la violence non seulement dans l'histoire,
mais aussi comme principe même de l'Histoire.