Mémoires d'un Compagnon de la Libération, 18 juin 1940

Compagnon de la Libération
Voici mis au jour le récit riche et émouvant d'un Compagnon de la Libération, né en 1915 à Falleron en Vendée, neuvième enfant d'une famille paysanne. Après des études de lettres classiques à la « Catho » d'Angers, poursuivies à la Sorbonne, Benjamin Favreau s'embarque pour la Guinée et s'engage le 21 octobre 1940 dans les Forces françaises libres. Officier, il se signalera à Bir-Hakeim et à El-Alamein (mai-juin 1942). Benjamin Favreau arrête son récit à la moitié de sa guerre, car il combattra encore en Tunisie (1943), en Italie (avril-juin 1944), en Provence (août 1944)...
Le lieutenant Favreau raconte les opérations militaires, avec leurs enjeux stratégiques et politiques, mais il y a plus. De la Guinée au Liban, de « l'indigène » à De Gaulle qui le fait Compagnon à Beyrouth le 29 juin 1942, Favreau observe, décrit, d'un regard critique ou émerveillé : une générale aux grands airs en prend pour son grade, une jeune Bédouine blonde aux yeux bleus l'éblouit. Il sympathise avec les soldats tahitiens sous ses ordres, qui laissent volontiers le fusil pour la guitare et la danse.
Scènes brèves et fortes comme celle de la soeur infirmière qui essaie en vain de lui faire avaler une potion, et qui le gifle ! Il boit. Elle rougit. Trouble de l'homme et de la femme. À Bir-Hakeim, un soldat assoiffé sort de la tranchée pour aller boire sous les balles le liquide qui s'échappe du radiateur d'un camion bombardé.
Le récit porte la marque de la Vendée natale. La soeur infirmière est dotée d'une « dorne ». Devant le beau monde, le lieutenant s'efforce d'être « aussi poli qu'un vicaire vendéen en visite au château ». Le parcours africain de Benjamin Favreau se double d'un cheminement intérieur. Son idéal de liberté le mène vers les autres, le porte à se libérer lui-même des contraintes et préjugés de son milieu d'origine, et même à se rebiffer contre un supérieur autoritaire.