Enfant dans la France de l'après-guerre : une enfance en noir et blanc

En novembre 1944, mon père, légionnaire, a participé à la
libération de Strasbourg, c'est à cette époque qu'il a rencontré
ma mère. Nous habitons Kehl, une petite ville allemande juste
en face de Strasbourg, de l'autre côté du Rhin, avec d'autres
Français nous «occupons» la ville. Nous n'avons pas le même
père, ma soeur et moi. Le hasard de la guerre fait que nos pères
n'étaient pas dans le même camp, d'un côté un soldat du
général Leclerc et de l'autre un capitaine de la Wehrmacht.
Ce qui me frappe quand je revois les choses en 1950, c'est
que je n'ai pas souvenir de couleurs. Une petite enfance en
noir et blanc. Les seules couleurs qui me reviennent, c'est le
bleu, blanc, rouge. Au 14 juillet, il y avait des drapeaux
tricolores à toutes les fenêtres.
En avril 1959, le général de Gaulle se rend en Bourgogne
pour un voyage officiel et passe par Domois, un événement
extraordinaire. Nous étions habillés en dimanche devant
l'entrée de l'orphelinat de Domois, mes copains pensionnaires
et moi, à attendre le cortège du général. Enfance subie et
malgré tout heureuse des petites choses de la vie.