Lieutenant au 1er REP

Quelle plus belle récompense, pour un «cyrard», que d'entrer dans la carrière avec une
affectation au 1<sup>er</sup> régiment étranger de parachutistes, surtout lorsqu'on est soi-même le fils d'un
officier de la Légion et qu'on a passé son enfance dans ce qui était encore l'Empire français ?
C'est la grâce qui fut accordée à Jacques Favreau en 1959, mais à un moment où la guerre
d'Algérie connaissait son grand tournant. Lancé dans le bain des opérations, le jeune officier
découvre une situation paradoxale et traumatisante : sur le terrain, la rébellion essuie revers sur
revers, la population autochtone paraît acquise à une Algérie française profondément réformée,
mais, à Paris, le général de Gaulle s'est résolu à l'abandonner et à traiter avec le FLN. Si le
combat pour la pacification continue, et si des hommes continuent de tomber (Jacques Favreau
sera lui-même grièvement blessé), c'est pour une cause dont le sens devient donc de plus en plus
brouillé. D'où les terribles cas de conscience qui vont se poser à ces officiers qui ont tant donné,
d'où la position délicate où va se trouver le 1<sup>er</sup> REP lors des journées des Barricades, qu'il
contribuera de façon décisive à dénouer, d'où sa participation au putsch des généraux de 1961,
dont l'échec entraînera la dissolution du plus prestigieux régiment de la Légion...
Si le hasard a voulu que le lieutenant Favreau ne prenne pas part au putsch, s'il a refusé de rejoindre
les «desperados» de l'OAS, et s'il a pu poursuivre une brillante carrière militaire jusqu'au grade de
général de corps armée, il n'en a jamais pour autant trahi l'idéal qu'il partageait avec ses camarades
«factieux», ni renié leur amitié. Son témoignage sur cette période dramatique, qui verra la France
au bord de la guerre civile, n'en a que plus de poids. Vivants, précis, dépourvus d'affectation ou de
pathos, les mémoires de Jacques Favreau sont en effet frappés au sceau de la lucidité et de la liberté
d'esprit. Ils nous valent notamment des portraits sensibles, fidèles et toujours nuancés de ceux qui
furent ses amis ou ses chefs, tels le lieutenant Degueldre, qui paiera son engagement dans les fossés
du Fort d'Ivry, ou le capitaine Sergent, deux «légendes» de la Légion. Aucun historien ne pourra
désormais travailler sur la fin de l'Algérie française sans se référer à Lieutenant au 1<sup>er</sup> REP.
Dans une première partie, Jacques Favreau évoque son enfance et son adolescence, souvent
avec humour et esprit, mais aussi avec cet enthousiasme qui ne l'abandonnera jamais. Ces pages
nous permettent de comprendre ce qu'a pu être, chez beaucoup d'hommes de sa génération,
l'attachement à l'Empire, à cette «plus grande France» qui était chez eux un idéal humaniste,
irréductible à la caricature anticolonialiste qui en a trop souvent été faite. La grand-mère
maternelle de Jacques Favreau n'était-elle d'ailleurs pas vietnamienne ? En se souvenant de sa
jeunesse marocaine, l'auteur de Lieutenant au 1<sup>er</sup> REP évoque en particulier l'admirable figure
du maréchal Juin, qui l'a tant marqué par sa simplicité et sa générosité. Et, là encore, ce livre
apporte une contribution majeure à l'histoire de France.