Cours d'analyse de la Sorbonne

Cours d'analyse de la Sorbonne

Cours d'analyse de la Sorbonne
Éditeur: J. Gabay
2010293 pagesISBN 9782876473430
Format: BrochéLangue : Français

«Ceux qui l'ont entendu, nous dit Émile Picard, garderont toujours le souvenir de cet enseignement incomparable.

Quelles merveilleuses causeries, d'un ton grave que relevait par moment l'enthousiasme, où à propos de la question la

plus élémentaire, il faisait surgir tout à coup d'immenses horizons et où, à côté de la Science d'aujourd'hui, on apercevait

tout à coup la Science de demain. Jamais professeur ne fut moins didactique, mais ne fut plus vivant.»

«Ceux qui ont eu l'heureuse fortune d'être les élèves du grand géomètre, écrit Paul Painlevé, ne sauraient oublier

l'accent presque religieux de son enseignement, le frisson de beauté et de mystère qu'il faisait passer à travers son

auditoire devant quelque admirable découverte ou devant l'inconnu. Hermite fut un professeur incomparable, sa parole

saisissante ouvrait brusquement de larges horizons sur les régions de la Science ; elle suggérait à la curiosité et à

l'attention les problèmes nouveaux et essentiels, mais surtout elle communiquait l'amour et le respect des idéales vérités.

Dans l'inoubliable journée de son jubilé, en accueillant l'hommage d'admiration de tous les pays, l'illustre Analyste parle

en termes pleins de noblesse de la corrélation étroite et secrète qui existe entre le sentiment de la justice et du devoir et

l'intelligence des vérités absolues de la Géométrie. Cette corrélation semblait évidente quand on écoutait ses leçons.»

«Nos élèves, nous dit Jules Tannery en parlant de l'École Normale, continuent de recevoir à la Sorbonne un

enseignement dont l'éclat n'a fait que grandir ; ils écoutent cette parole d'une éloquence si particulière où il y a du

recueillement, de la solennité et une sorte de tendresse passionnée. Ils jouissent de cette lumière qui va jusqu'au fond des

choses, qui les sépare et les réunit, qui en montre les liens les plus délicats, qui donne aux abstractions mathématiques la

couleur et la vie.»

«C'est à la Sorbonne, écrit Émile Borel, que j'ai suivi les leçons d'Hermite ; c'est là que j'ai entendu cette parole si

vivante exposer, avec respect à la fois et avec amour, les belles vérités de l'Analyse. C'était un grand prêtre de la divinité

du Nombre qui nous en dévoilait les mystères redoutables et sacrés. Les questions les plus arides, les calculs en apparence

les plus ingrats, se transfiguraient, tant il avait l'intuition de leurs secrètes beautés. Quelques uns peut-être ont eu, autant

qu'Hermite le pouvoir de faire comprendre et admirer les Mathématiques ; nul n'a su les faire aimer aussi profondément

que lui.»

Ces citations, que je pourrais multiplier, sont de nature à mettre en évidence l'action prépondérante que

l'enseignement d'Hermite a eu dans les dernières années du XIX<sup>e</sup> siècle sur le développement de la jeune

école mathématique française. A l'étranger, son influence n'a pas été moins grande, et sa chaire de la Sorbonne

a été, pendant trente ans, un des foyers les plus actifs du travail mathématique. Quatre éditions successives ont

répandu le Cours d'Hermite. Il a été étudié et commenté dans toutes les Universités du monde. En Allemagne,

en Italie, en Suède, en Amérique, c'est dans les leçons de la Sorbonne que l'on étudiait les fonctions elliptiques

et la théorie des fonctions. On les louait à la fois pour le soin donné à la partie historique et pour la simplicité

de l'exposition. On était charmé de la lumière que le maître répandait sur les parties les plus difficiles et les

plus délicates, des exemples élégants dont il enrichissait les théories. Que dis-je, l'enthousiasme que

provoquaient ses Leçons s'étendait jusqu'aux étudiants qui les suivaient. On les félicitait de leur ardeur, des

efforts couronnés de succès qu'ils déployaient pour élargir leur horizon et s'assimiler des théories aussi

élevées. Aux étudiants français venaient d'ailleurs se joindre des camarades étrangers. Hermite les accueillait

les uns et les autres, toujours prêt à prodiguer les encouragements et les conseils. Ce n'était pas d'ailleurs à de

simples conseils qu'il limitait son action bienfaisante ; et tous ceux qui avaient acquis à ses yeux le droit de

se réclamer de lui le trouvaient prêt à multiplier les démarches, à donner les témoignages qui pourraient

faciliter leur carrière ou assurer leur avenir.

Extrait de la Notice historique sur Charles Hermite , 1903, par Gaston Darboux

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