La nouvelle Béatrice

Une malheureuse jeune fille fit un exposé sur «Le détail et l'ensemble»
qui, il faut le reconnaître, était totalement creux. Jean lui demanda «Avez-vous
fini, Mademoiselle ?».
- Oui, Monsieur. [...]
Marc Purat renchérit bientôt :
-
Avez-vous lu le panneau qui se trouve sur la porte ? Et il
désignait du doigt la porte de l'amphithéâtre.
-
Il est écrit : Culture et non Agriculture. Or le seul exemple que
vous ayez donné, «un ensemble d'arbres», relève plus de la seconde que de la
première ! [...]
J'étais horrifiée par ces accès de méchanceté, qui mettaient toutefois un certain
piment dans des prestations plutôt mornes et qui contribuaient sans doute
à attirer les foules, maintenant privées du spectacle des exécutions capitales !
Le tout était de ne pas se trouver à la place de la victime ! J'étais horrifiée
et en même temps fascinée. J'imaginais Jean me prenant sauvagement de ses
deux mains si viriles et n'admettant aucune révolte de la part d'un être aussi
stupide et méprisable qu'une femme. N'avait-il pas eu l'air d'acquiescer lorsque
Monsieur Luc, un autre de ses collègues, avait lancé la phrase de Baudelaire :
«la femme est naturelle, donc abominable !» ?