Serpula

Après le «Meilleur des Mondes», imaginé par Aldous Huxley... Après
«1984» de Georges Orwell, Mathias Ollivier produit une oeuvre dans la
lignée de ses pairs.
La mérule (latin : serpula lacrymans), que les botanistes connaissent bien,
sert ici de métaphore pour désigner tout ce qui nous envahit et nous dévore !
L'action se déroule dans un univers décadent, à une époque comparable à celle
de la chute de l'empire romain. Suétone est passé par là... Tous survivent sous
la pression d'un système dictatorial qui offre toutes les apparences de la démocratie,
mais dans lequel les citoyens sont contraints à n'avoir plus qu'un seul
amour : celui de leur servitude. Seuls les élus du «Centre» sont à couvert. Par
cette dystopie, Mathias Ollivier renvoie à la société son image. L'humour cynique
de l'auteur souligne sa vision d'un monde en bout de course qui se dévore
lui-même. Un monde absurde, peuplé d'usagers usés, déracinés, manipulés,
dans une ambiance de fin de civilisation. Les héros principaux de l'histoire
(Vera et Marcus) vivent une passion effroyable qui les ronge. Vera le hante.
Parviendra-t-il à en faire le deuil ? La pression qu'exercent sur lui ses fantasmes
le pousse à commettre des actes que la société réprouve. Mais est-ce bien
lui qui agit ?
Tout au long de votre lecture, sans doute vous demanderez-vous : «où est
l'intrigue ?» C'est justement cela l'intrigue ! Et si le récit ne respecte pas la
chronologie des faits, c'est en raison de ce qu'ils se déroulent dans un monde
déstructuré. L'intrigue est partout sous-jacente et prolifère peu à peu. Drame
que vivront, sans aucun doute, les générations qui nous survivont.
Une dystopie est un récit de fiction peignant une société imaginaire, organisée
de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, et
contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde. Marcus - héros
principal du récit - prône la «Révolution du Bonheur» qui consiste à rendre
aux citoyens le bonheur auquel tous ont droit. Pour y parvenir, il s'agit de
détruire la mérule qui est le mal absolu.
Reste que, dans le récit de Mathias Ollivier, un certain nombre de faits
désormais avérés laissent peu de place à la fiction et amènent à se demander
comment on pourrait encore rétablir certaines valeurs...
L'impact de ce type de roman sur la science-fiction conduit à qualifier de
dystopie tout texte d'anticipation sociale décrivant un avenir sombre. Alors
visionnaire ? Iconoclaste ? Peut-être pas tant que cela...