La maison aux orties

Si les morts voulaient bien rester tranquilles, les
écrivains pourraient inventer leurs histoires en toute
quiétude. Hélas, au moment où Vénus Khoury-Ghata
commence ce nouveau livre, elle ne soupçonne pas
dans quels conciliabules ses défunts vont l'entraîner.
C'est d'abord sa mère - pourtant analphabète -
qui se penche par-dessus ses pages d'écriture, l'interpelle,
la critique et y va de ses propres commentaires.
Surgit cette maison d'enfance entourée d'orties,
où planent les ombres d'un père menaçant et d'un
frère trop fragile dont l'amour de la poésie fut traité,
mais nullement guéri, aux électrochocs. Puis la silhouette
de Jean, l'époux aimé, trop tôt et trop cruellement
décédé. Et celle de M., peintre fantasque et
narcissique, aux impérieuses prétentions de consolateur...
On n'en finit pas de vivre avec ceux qui ont fait de
nous ce que nous sommes. Voilà pourquoi ce roman
aux inflexions très personnelles improvise une musique
orphique, mystérieuse et envoûtante, oeuvre
de poète autant que de mémorialiste, à lire et à entendre
telle une élégie, pour que vienne la nécessaire
paix intérieure.