Folles de France : repenser l'homosexualité masculine

De Zaza Napoli à Priscilla , dans les bars du Marais ou à la Gay
Pride , la folle fait partie de notre paysage culturel. Exubérante,
provocante, flamboyante, cette figure hypervisible se tient pourtant
dans l'ombre de l'homosexualité masculine et brille par son absence
dans le discours des sciences sociales françaises. Seul affleure l'archétype
folklorique de l'homme efféminé marqué du double stigmate
de l'inversion et de l'extravagance.
L'ambition du livre de Jean-Yves Le Talec est d'ouvrir ces
oubliettes. Refusant de considérer les folles comme les accessoires
d'une homosexualité prétendument «sérieuse», il a choisi de les
replacer au centre d'une histoire des représentations de l'homosexualité
en France. Il montre ainsi que les folles occupent depuis
longtemps un espace social à travers une sous-culture spécifique,
le camp. Cet art de l'apparence est en pratique une forme de
lien et de langage social, de résistance et de stratégie politique.
L'émergence du mouvement homosexuel, puis son implication dans
la lutte contre le sida, apparaissent dès lors comme une succession
d'appropriations et de transformations de cette figure de la folle :
un zazou sous l'Occupation, une folle de Saint-Germain-des-Prés,
une Gazoline du Front homosexuel d'action révolutionnaire ou une
Pom-Pom Girl d'Act Up s'inscrivent ainsi dans une même histoire
de la follie.
Ce parcours, depuis les années 1930 jusqu'à nos jours, redonne
aux folles une vraie place au sein du mouvement homosexuel, de
son histoire mais aussi de son actualité, et permet de penser sous un
nouveau jour les liens entre sexe, genre et sexualité.