Figures de l'art, n° 15. L'image et les traversées de l'histoire : documents, médias et pratiques artistiques

À l'heure où l'image occupe une place de plus en plus grande dans notre perception
de l'histoire, à l'heure où l'histoire en tant que discipline accorde un intérêt particulier
à l'image comme source d'informations, l'objectif des textes ici réunis est d'interroger les
relations que l'art contemporain entretient avec l'image-document - en particulier celle
que véhiculent les médias - et, en conséquence, avec l'histoire elle-même.
Depuis les années 60, après le triomphe des abstractions, nombre de pratiques
artistiques ont fait retour à l'image et se sont ouvertes plus largement au monde
extra-artistique. Contemporain de l'essor de la télévision et de la diffusion massive des
images de presse, ce nouveau rapport de l'art à l'image et au contexte historique,
médiatique, social, politique, etc. fait son apparition de façon manifeste avec le Pop Art.
On comprend que l'image dont il est question ici est principalement l'image
photographique. De par sa nature d'empreinte, celle-ci semble en effet prédestinée
à produire du document. En 1996, dans le catalogue de l'exposition Face à l'histoire ,
Michel Frizot soulignait ce point : "Toute photo, écrivait-il, est `d'histoire'". Cependant, on
est en droit de s'interroger sur cette valeur documentaire de l'image photographique :
couvre -t-elle, au sens journalistique du terme, le réel, où le recouvre -t-elle ?
De cette problématique générale surgissent de nombreuses questions. Quelles sont
les procédures mises en oeuvre par les artistes pour intégrer le document ou l'image
médiatique à leur travail ? Quels enjeux politiques, éthiques, esthétiques, etc. cette
utilisation artistique de l'image-document implique-t-elle ? Marque-t-elle le retour de
l'histoire dans l'art ? Signe-t-elle une prise en compte nouvelle du pouvoir qu'a l'image
de susciter l'empathie ? Quelle incidence ce phénomène a-t-il sur la frontière, parfois
incertaine, entre image documentaire et oeuvre artistique ? De même, quelle incidence
a-t-il sur le statut de certains photographes qui sont tout autant artistes plasticiens que
photoreporters ?