Ormond ou Le témoin secret

Poète, essayiste, pamphlétaire, traducteur, éditorialiste, directeur de divers magazines, Charles Brockden Brown (1771-1810) est un homme de lettres accompli, représentatif de la charnière des deux siècles à laquelle il s'inscrit. Il inaugure le « Gothique psychologique » dont les résonances ténébreuses traversent tout le XIX<sup>e</sup> siècle (Poe, Hawthorne, Melville, Bierce, James...) mais continuent d'affleurer de Faulkner à Stephen King, en passant par O'Connor et Tennessee Williams.
Ormond ou le témoin secret (1798), le deuxième roman de l'auteur, n'avait jamais été traduit. Ce texte est ancré dans les réalités contemporaines de la jeune République américaine et il confronte sa protagoniste à une épidémie de peste. À ce titre, il possède une valeur documentaire importante. Toutefois, c'est à juste titre qu'on se souvient de ce texte avant tout comme d'un roman « noir ». Traversé de passions obscures, d'actions frauduleuses et de désirs coupables, il décrit la métamorphose d'un héritier de l'esprit de Lumières en un être assoiffé de transgression. Chef occulte d'une organisation secrète, les Illuminati , dont le pouvoir réel ou supposé faisait trembler l'Amérique, Ormond ne recule devant rien pour entraîner vers sa perte la belle et vertueuse Constantia.