Le silence de Saint-Just : essai sur la tyrannie

Le silence de Saint-Just
Essai sur la tyrannie
La tyrannie, quoi qu'en pensent les tâcherons officieux, n'est pas la
chose en soi, la réalité qui tourne mal ; c'est une forme mortifère de
la vie sociale.
Qu'est-ce qu'un tyran ; que signifie « tyrannie » dans la Révolution
française ? Saint-Just et Robespierre figurent à nos yeux les
principaux tyrans, ou postulants à la tyrannie, comme préfigures des
monstrueux despotismes du vingtième siècle. Cette tache indélébile
apparut dès le jour de leur mort ; elle devint plus noire au fil des
ans, par le mensonge, la mémoire fielleuse, le faux pur et simple. Les
vainqueurs écrivent l'histoire ; les héritiers recopient.
La tendance actuelle aux vagues considérations, fondées dans
l'abstraction lyrique, la liberté (des Modernes), la démocratie
(limitée aux acquêts de la réussite), la lutte contre le terrorisme (des
fanatiques qui s'attaquent à nous) ; tout cela conduit à l'amalgame le
plus dévastateur, non seulement parce qu'il salit les figures les plus
hautes de l'histoire (ce n'est pas nouveau : la démocratie athénienne
condamna à mort Socrate), mais surtout en ce qu'il détruit toute
faculté d'exercer notre jugement. Des pontifes cooptés accaparent le
privilège de discernement ; toute vérité qui ne vient pas d'eux est
suspecte, sauf réussite commerciale.
Seule une lecture intelligente, fondée sur les écrits, les actes,
les événements qui les provoquèrent et en découlèrent, peut
forcer les verrous mis à l'entendement. Comment comprendre
le silence de Saint-Just, lors de sa condamnation comme tyran ?
Lorsque la philosophie, plutôt que d'enquêter et d'interroger,
pérore et enseigne le dogme, elle est bonne à jeter.