Une histoire (critique) des années 1990 : de la fin de tout au début de quelque chose

La
Yougoslavie
implosait. Les zapatistes
prenaient les armes au
Chiapas. Au Rwanda on exterminait
en masse. Partout les bulles
spéculatives enflaient. Le bug de l'an
2000 faisait frémir. La techno et l'ecstasy
multipliaient les nuits blanches. Nirvana
rallumait la flamme du punk-rock. La France
soudain était reine du football. De grandes
grèves réveillaient le mouvement social, et
les idéologues qui croyaient avoir vaincu le
communisme commençaient à déchanter,
pendant qu'Internet balbutiait et qu'un Président
américain jouait son poste sur une gâterie.
Autre temps , si récent pourtant, que ce temps
où prit naissance notre présent. Car dans
l'intervalle entre la chute d'un mur, à Berlin, et
l'écroulement de deux tours, à New York, c'est un
monde qui a basculé, le nôtre, un monde et les
certitudes qui le portaient : les certitudes de la fin
(de l'Histoire, du social, de la guerre...), vite corrigées
par le retour de l'événement, et celles du bonheur
néolibéral sans alternative, que les faits comme les
nouveaux résistants s'appliquèrent à démonter.
Avec une perspective internationale, et la réunion de
quelques fortes têtes - dont la plupart eurent alors
vingt ans -, l'ambition de ce livre n'est autre que
d'offrir la première histoire générale, plurielle et
engagée de la dernière décennie du XX<sup>e</sup> siècle : l'ère
de la supposée «fin de l'Histoire» avait besoin
de son manuel d'histoire, pour y voir s'entrecroiser
culture et politique, pop et peuple(s), régressions
brutales et nouvelles zones autonomes
temporaires - et pouvoir passer, peut-être,
de la fin de tout au début de quelque chose.