Le théâtre de Satan : décadence du droit, partialité des juges

Les acquis de la civilisation juridique de l'Europe continentale
sont en pleine involution régressive. Pour cette civilisation dans
laquelle les juristes, communément sidérés, croient encore vivre, le
droit et la morale étaient deux disciplines distinctes. Mais le raisonnement
juridique redevient insensiblement une casuistique, dans
l'indifférence générale, comme au temps des procès en hérésie ou en
sorcellerie, au temps du "théâtre de Satan".
Tout acte, même licite en soi, peut devenir criminel ou délictuel,
en fonction de la conscience intime de celui qui le commet : ce n'est
donc plus l'intention objective qui prévaut dans la définition même
de l'infraction. La question qui exprime l'essence du juge n'est plus :
"le sujet a-t-il voulu l'acte ?", mais de plus en plus "pourquoi a-t-il
voulu l'acte ?". Apparaît le concept de délit peccamineux.
Dès lors le juge est appelé à rechercher, par la restauration d'un
procédé archaïque, si l'accusé ou le prévenu est ou non «en état de
grâce» , marque d'un temps que l'on croyait révolu, malgré la parenthèse
soviétique, après Beccaria, Bentham, Kant ou Hegel. Jugeant à
nouveau au nom du Bien ontologique, ici celui des "droits de
l'homme", le juge est amené à refuser son libre arbitre intime à la
personne jugée, dans une lutte de tous les instants contre le péché. Le
juge doit aussi se départir de son équanimité impartiale en présence
d'un délinquant politique, en ne tenant plus compte du seul désintéressement
du sujet, mais suspendant sa bienveillance à l'adéquation
de ses idées et de ses sentiments avec le Bien.
Du procès de Nuremberg (1945-1946) aux cas Barbie, Touvier ou
Papon, en passant par les lois "antiracistes" ou antirévisionnistes, le
droit de l'Europe continentale se délite en s'adonnant aux abus de la
théocratie. En fait, le droit en décadence se confond de plus en plus
avec la morale antidiscriminatoire ("antiraciste/antifasciste"). Tout
cela se passe sous l'égide de la ploutocratie et du gauchisme
soixante-huitard, réunifiés dans l'"antifascisme" et l'avidité
hédoniste. Ne cherchons pas ailleurs la fameuse "diabolisation"
qui frappe en Europe les idées politiques, mais aussi les sentiments
identitaires. L'obscurantisme est de retour : derrière les "droits de
l'homme", la Terreur ?