La socio-euphémie : expressions, modalités, incidences

Les euphémismes sont de plus en plus nombreux à affecter la vie
économique et sociale ; au point d'aboutir à un remarquable phénomène de
«socio-euphémie», par lequel les réalités sont adoucies, déguisées, embellies,
notamment dans la désignation des métiers : l'éboueur devient «technicien-benniste»,
l'aide bibliothécaire «médiateur de lecture», le contrôleur «chef
de bord» ou, dans certains pays francophones, le tailleur «ingénieur en
habillement» ! Que dire aussi, à l'école, des élèves faibles dits «élèves en
phase d'appropriation» ou encore, dans les relations de travail, des
grèves présentées comme «mouvements sociaux» et des procédures
de licenciement comme «plans (également) sociaux» ?
Par delà une description où l'apparente comédie ne doit pas
masquer l'importance et le rôle effectifs de la socio-euphémie, par
delà aussi une «typologie des processus» qui la caractérisent,
cet ouvrage s'attache enfin à ses effets souvent pervers (pertes
de sens, dispersion du langage, langue de bois, «police de
la parole», illusions diverses...) même si, parfois,
elle contribue à apaiser quelque peu
les tensions sociales.