La main négative : récit

Nom donné aux empreintes retrouvées sur les grottes
préhistoriques, la main négative est aussi dans ce livre celle
qui tient des instruments modestes et qui façonne plus
qu'elle ne crée, la main dont la production reste obscure, la
main des activités rurales ou ouvrières, la main des travaux
de femmes.
À partir de quelques images de l'artiste Louise Bourgeois,
Tiphaine Samoyault évoque ce savoir des mains et sa
difficile transmission en faisant revivre par le récit l'activité
des manufactures, des arrière-pays, des lieux les plus reculés,
les plus intimes, de son enfance.
«Je cherche en écrivant ce que ce passé-là m'a donné
comme avenir et qui pourrait encore servir. J'écris non pour
faire revenir ce passé mais pour qu'on ne me dise pas que
le passé est mort, que l'histoire est finie, qu'il n'y a plus de
temps. J'écris comme on restaure une tapisserie, non pour la
restituer à son temps à elle mais pour lui donner un avenir.
Savoir qu'on peut faire des noeuds pour relier des fils qui
se sont rompus est un savoir, et un savoir-faire, utile. C'est
parfois difficile, les noeuds aussi se rompent ou l'un des fils
échappe des doigts tandis qu'on s'efforce de retenir l'autre ;
mais du moment que, d'un mouvement du pouce sur
l'index et le majeur, la boule s'est formée, alors c'est fait, les
choses tiennent ensemble.» T.S.