Une fleur dans la mer ou Le naufrage du bateau "le Joola" : poèmes. Souffle de vie

Je vivais pour mes filles, elles vivaient pour moi. Une osmose parfaite que rien ni personne ne venait -
ne pouvait - troubler. Au crépuscule de mon existence, cette proximité était mon élixir de jouvence :
je me sentais revivre, baignant dans un sentiment de jouissance intense.
Chaque jour était chargé de son lot de consolation. J'avais toujours, comme l'a écrit Marcel Proust,
«l'immense plaisir de jouir de l'essence des choses en dehors du temps».
Puis un jour, un jour noir - le 26 septembre 2002 - le ciel s'est fissuré, éparpillant sur nos têtes et
enfonçant dans nos coeurs des blocs de souffrance. Le temps s'est alors brusquement figé et le peuple
hébété avait assisté impuissant au drame le plus horrible de son histoire.
Le bateau «Joola» venait de sombrer dans l'océan.
« Une fleur dans la mer reflète les pénibles sensations que j'ai éprouvées le 26 Septembre
2002. La nouvelle de la tragédie du bateau le «Joola» m'est parvenue alors que j'étais au
bureau. Je suis encore sous le choc de la nouvelle du naufrage du bateau lorsque j'apprends
que mes trois filles sont dans le navire accompagnées de leur oncle maternel. Des fragments
de ciel me tombent sur la tête ; le brouillard voile mes yeux...
Puis les jours passent et les images des moments forts passés avec mes enfants refluent dans
ma mémoire torturée. La certitude que je ne les reverrai plus s'installe de plus en plus dans
mon esprit...
Depuis ce jour, mes nuits sont devenues terrifiantes et le souvenir de mes trois anges, mes
trois pétales de fleur, ne cesse de me hanter. Un seul jour existe- le 26 Septembre. Les
autres jours ne comptent plus. Qu'importe l'année et le temps car ils sont partis par une nuit
orageuse, une nuit vindicative.»