Gothique et décadence : recherches sur la continuité d'un mythe et d'un genre au XIXe siècle en Grande-Bretagne et en France

Il est banal de rapporter toute une tradition de la littérature
fantastique au roman gothique. Il est moins usuel de s'attacher,
de manière stricte, à la continuité de la référence gothique
dans les littératures anglaise et française du XIX<sup>e</sup> siècle, de marquer
les moments de cette continuité en un partage historique
qui distingue les quarante premières années du siècle, puis une
seconde période qui va jusqu'à la Décadence et, enfin, la Décadence
même. Marquer cette continuité explique le retour des
grandes figures gothiques et n'exclut pas de constater de
grandes variations, parfois paradoxales, dans la reprise et l'imitation
du genre. C'est aussi relever la permanence de la référence
à une esthétique architecturale qui sous-tend l'inspiration
romanesque. Les représentants du Gothique fin-de-siècle
sont des écrivains d'images, qui choisissent d'écrire une «littérature
archisophistiquée», et qui entendent exposer, en une
formule paradoxale qui appartient à l'un d'eux, «le fard
suprême de l'épouvante». Dans cette continuité du gothique
est en question l'alliance qui se fait peu à peu d'un attachement
au passé et d'un sens aigu de la modernité.