Ethique et recherche biomédicale : rapport 2004

Rapport CCNE 2004
L'année 2004 restera marquée par l'irruption dans le débat public du questionnement éthique inédit soulevé par la greffe du visage. Inaugurée par le rapport n° 82 du Comité d'éthique intitulé Allotransplantation de tissu composite au niveau de la face , la réflexion sur cette opération spectaculaire revêt désormais une dimension internationale. La présente publication des Journées annuelles d'éthique revient sur la manière dont s'est construite la problématique. Elle explore ses dimensions anthropologique, technique et psychologique, à un moment où les premières tentatives n'avaient pas encore été réalisées. C'est l'un des intérêts majeurs de la lecture des comptes rendus de cette journée annuelle du Comité que de nous restituer le questionnement critique dans son surgissement inaugural, l'année précédant la première tentative française de greffe partielle.
On constatera, à la lecture de l'ouvrage, que la greffe du visage n'est jamais que la partie la plus saillante d'une logique de performance biomédicale qui ne cesse de dérouter les consciences et de désarmer la pensée. Ainsi, les outils de la génétique s'affinent et soulèvent de nouveaux débats : la connaissance du support héréditaire de certaines pathologies létales finira-t-elle par faire perdre à la règle du secret médical son caractère inconditionnel ? Allons-nous doubler la transparence du corps par la transparence des âmes ?
Il n'y a jamais de progrès pur dans l'histoire. Une progression est toujours en même temps une régression. Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître pour garder toujours présent à l'esprit que chaque perspective ouverte par la science favorise en même temps de nouvelles dérives. C'est le rôle ingrat qui échoit à un Comité d'éthique que d'empêcher la pensée de se complaire dans la paresse d'un optimisme béat et de toujours chercher, pour les prévenir, les effets pervers des progrès scientifiques.