Village

Village
La mémoire aurait-elle sur notre conscience la même influence que la poésie sur notre vision du monde ? Décantation, resserrement autour d'un « essentiel » que, sans elles, nous ne soupçonnerions peut-être même pas.
Cependant, la mémoire est toute instinctive. Et tyrannique, imprévisible. C'est que notre volonté, notre intelligence y participent bien moins qu'une personnalité seconde issue de ce qu'il y a en nous de plus immuable et, paradoxalement, de plus immémorial : la trame de la chair, le tamis des nerfs, les remous de la lymphe et du sang...
Ainsi va-t-elle, avec une sûreté de somnambule, vers ces parcelles énigmatiques qu'elle a choisi de ramener des profondeurs englouties - le « trésor » incongru mais incomparable qu'un enfant sauverait d'un incendie ou d'un naufrage : une poignée de cailloux, une agate, une brindille qui semble morte. Et, seul entre mille événements réputés « majeurs », l'éclat incomparable d'un instant qui pourrait être jugé insignifiant. Ainsi que l'écrit Thomas Wolfe dans « L'Ange Exilé » : Cherche la pierre, la feuille, la porte. Et tous les visages oubliés .
Certes, le village de M..., autrement dit Mézin, existe bien sur les cartes. Ses antiques murailles dressent toujours, Dieu merci, leur proue dans la lumière, au-dessus d'une - presque - intacte petite vallée lot-et-garonnaise...
Mais c'est, pour moi seul, dans le tâtonnement incantatoire de ces pages qu'il demeure encore aussi vivant.