La problématique de la santé et de la maladie dans la pensée biomédicale : essai sur la normalité biologique chez Georges Canguilhem

Existe-t-il une ligne de démarcation nette entre le normal et le
pathologique objectivement délimitable ? Est-il licite de déduire la
distance qui sépare la santé de la maladie à partir d'un fondement
purement statistique, sous le seul prisme des seuils définis par des
moyennes ? Peut-on objectivement et statistiquement définir la
distance qui sépare le normal du pathologique ? En d'autres termes,
faut-il parler de l'état maladif uniquement en termes d'excès et de
défaut ? Le pathologique relève-t-il exclusivement du quantifiable
et du mesurable ? S'il est possible de répondre par la négative, n'y
a-t-il pas lieu d'admettre un jugement de valeur comme réfèrent
privilégié de la normalité et de l'anormalité ? Le normal et le
pathologique n'obéiraient-ils pas à une normativité individuelle
qu'il convient de prendre sérieusement en compte dans
l'exploration clinique ?
L'autre préoccupation consiste à trouver s'il existe une distance
absolue entre le normal et le pathologique. La maladie est-elle une
corruption de la santé ou l'expression d'un luxe pour l'organisme ?
Ces interrogations, qui alimentent les réflexions sur la
problématique de la santé et de la maladie dans les sciences de la
vie, ne sauraient trouver une élucidation sans une saisie du statut
même de la médecine. Une précision des contours conceptuels en
cause est apparue également nécessaire à l'auteur afin de lever
certaines ambiguïtés dont ils font l'objet.